Inquiétudes sur l’avenir des permanences médicales de nuit en milieu rural isolé

Jean Pierre Buix et Claude Derail lors de la conférence de presse tenue en mairie de Buis le 11 janvier 2013

Dans le cadre d’une réorganisation nationale de la PDSA (Permanence Des Soins Ambulatoire, c’est-à-dire l’organisation territoriale des soins médicaux aux heures de fermeture des cabinets libéraux), l’Agence Régionale de la Santé Rhône-Alpes (ARS R-A) a décidé de supprimer les permanences « en nuit profonde » (de 00h00 à 08h00) dans les 7 secteurs ruraux drômois qui en bénéficiaient encore. A savoir: La Chapelle en Vercors, le Haut Diois, Saillans, Bourdeaux, La Motte Chalancon, Séderon et Buis les Baronnies. Cette suppression, qui n’a pas d’autre objectif qu’économique, entrera en vigueur à compter du 31 mai 2013 et suscite déjà de très nombreuses inquiétudes chez les élus et responsables de santé de ces territoires.

Des solutions de substitutions irréalistes

Dans une conférence de presse donnée vendredi dernier 11 janvier à l’hôtel de ville de Buis avec le maire Jean Pierre Buix, le docteur Claude Derail, médecin généraliste installé au Buis depuis 36 ans, conseiller ordinal, président de la CME de l’hôpital local et membre du comité directeur du syndicat des médecins généralistes de la Drôme « MG-26 », souligne le risque que cette mesure ferait courir au corps médical de ces zones.« Les astreintes de nuit, de week-end et jours fériés que les médecins ruraux organisent entre eux, à la satisfaction de tous, sont indemnisées par la CPAM depuis mars 2002. Il est évident que la suppression de ces indemnités de permanence mettra en difficultés les médecins déjà installés par une perte importante de revenus et ira à l’encontre des mesures visant à inciter l’installation de jeunes médecins en milieu rural », explique le praticien.

« D’autre part, pour pallier la disparition de cette PDSA, il est prévu la mise en place des 3 moyens de substitution suivants : l’augmentation des plages horaires de régulation (le samedi matin seulement), la création d’un corps de « médecins mobiles sur de vastes territoires » (dont on ne sait pas encore comment ils seront recrutés et rémunérés ni sur quelle étendue de territoire ils devront intervenir), la création d’un corps de « médecins correspondants SAMU » (dont on ne sait pas encore, là non plus, comment ils seront recrutés et rémunérés, les médecins déjà installés n’étant pas volontaires, dans leur grande majorité).

Des conséquences lourdes pour les administrés

Et le docteur Derail d’ajouter : Etant donné la lourdeur et les lenteurs de l’administration d’un coté, l’ampleur de la tache à accomplir de l’autre, il parait irréaliste de penser que la nouvelle organisation des permanences de nuit profonde en milieu rural isolé pourra être mise en place avant le 31 mai prochain…Les conséquences pour les administrés peuvent être très lourdes… De plus, il n’est absolument pas démontré que cette nouvelle organisation fera faire des économies à la sécurité sociale, bien au contraire… »

En attendant, l’inquiétude est vive dans les zones rurales les plus isolées de la Drôme et notamment dans le Séderonnais où le docteur Christian Beaume fait, depuis quelques temps, circuler une pétition pour s’opposer à ce projet.

Quand les élus s’en mèlent…

Dans une lettre adressée à Madame Marisol TOURAINE, Ministre des Affaires Sociales et de la Santé en date du 9 janvier 2013, les Sénateurs Jean Besson et Pierre Bernard Reymond, la députée Karine Berger, les conseillers régionaux  Michel Grégoire et Christine Nivou, les conseillers généraux Hervé Rasclard, Gérard Szostak et Gérard Tenous, s’inquiètent eux aussi des conséquences de ces nouveaux aménagements:

« Il nous semblerait pour le moins paradoxal, Madame la Ministre, que cette nouvelle organisation amène moins de service et moins de sécurité dans les zones les plus reculées et que cette même nouvelle organisation augmente les coûts pour les prises en charge nocturne. Sur ce dernier point, il est important de souligner que les médecins libéraux du territoire sont volontaires pour continuer à assumer cette permanence des soins en nuit profonde. Par ailleurs, nous vous informons que l’ensemble des conseils municipaux du territoire ont pris la décision de délibérer sur une motion qui vous sera transmise dans les semaines qui viennent.  Nous vous serions particulièrement reconnaissants, Madame la Ministre, de bien vouloir porter une attention particulière sur ces décisions annoncées des Agences Régionales de Santé qui nous semblent à la fois inadaptées et surtout contradictoires avec les principes que vous avez édicté et auxquels nous adhérons avec conviction pour le devenir des habitants de nos territoires… »

Le maire de Buis Jean Pierre Buix de son coté s’est saisi du dossier et souhaite organiser une mobilisation importante de tous les acteurs concernés. « Plutôt que de se battre chacun dans son coin, il faut que les élus et les professionnels de santé des différents secteurs ruraux du département concernés par cette mesure se réunissent pour organiser des actions de protestation et faire triompher le bon sens… »

ATTENTION : Il est rappelé qu’en tout état de cause, et quelque soit l’issu de la réorganisation de ces permanences, c’est toujours le 15 qu’il faut appeler pour obtenir des soins médicaux en dehors des heures d’ouverture des cabinets libéraux.

Alain Bosmans
Article partiellement paru dans le Dauphiné Libéré du 16 janvier 2013

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