« Le Chatelard 1802 », l’histoire d’une success-story lavandicole – LA SAGA DES FRERES MONTAUD

Christophe et Sébastien Montaud dans le show-room au siège de l’entreprise à St Auban sur Ouvèze.
Christophe et Sébastien Montaud dans le show-room au siège de l’entreprise à St Auban sur Ouvèze.

Créée à Saint-Auban-sur-l’Ouvèze par les trois frères d’une très ancienne famille de lavandiculteurs, l’entreprise artisanale « Le Chatelard 1802 » connaît depuis quinze ans un spectaculaire développement et s’impose sur le marché des produits senteurs au point de préparer son entrée en bourse dans les semaines à venir.

Le Chatelard à St Auban sur Ouvèze, c’est un quartier de la commune des Baronnies drômoises qui donne son nom à une ferme dont l’ancienneté de construction est attestée par une pierre gravée au dessus de l’entrée principale. Là, depuis deux siècles, de générations en générations, la famille Montaud y cultive la lavande. La grand-mère Yvonne, doyenne du village toujours vaillante à 90 ans, se souvient de l’époque où la lavande était coupée à la faucille et ramenée à la ferme à dos de bêtes. Après guerre, avec la mécanisation, son fils Yves Montaud et son épouse Marie-Hélène concentrent l’activité de la ferme sur la production de matière première : fleurs en vrac de lavande et lavandin en sacs de 50 kg et huile essentielle de lavande et lavandin en bidons de 25 litres qui sont vendus à des négociants ou transformateurs.

Christophe et Sébastien Montaud ont hérité d'un riche savoir-faire lavandicole.
Christophe et Sébastien Montaud ont hérité d’un riche savoir-faire lavandicole.

Plus de 1000 articles au catalogue …

 Les trois fils d’Yves et de Marie-Hélène, arrivant après leurs études à la fin des années 90 pour prendre la relève, vont faire prendre un tournant stratégique à l’exploitation agricole et lui donner une toute nouvelle dimension. En 2000, l’ainé Sébastien, alors tout juste diplômé de l’EDHEC, a l’idée de créer une entreprise artisanale « Le Chatelard 1802 » vouée à la production sur place d’une gamme de produits finis tel que sachets de lavande et lavandin. Ils se répartissent les tâches : A Benoit la production agricole, à Christophe la production manufacturière, à Sébastien la direction commerciale. A l’origine l’objectif des frères est de permettre un écoulement plus facile et plus rentable de la production de lavande assurée à la ferme par les parents. Rapidement, le catalogue des articles de produits provençaux fabriqués à St Auban se diversifie et s’enrichit : Sachets de lavande et lavandin, savons aux différentes essences, eaux de toilettes, parfums d’ambiance, bougies, diffuseurs de parfums, etc… Le Chatelard acquière rapidement une véritable notoriété sur le marché des produits « cadeaux senteurs ». De sorte qu’en 2015 la collection est constituée de plus de 1000 articles…

Christophe et Sébastien Montaud, dans les ateliers de l’entreprise à Saint-Auban-sur-l’Ouvèze.
Christophe et Sébastien Montaud, dans les ateliers de l’entreprise à Saint-Auban-sur-l’Ouvèze.

Un développement tous azimuts.

« 2005 fut une année charnière », explique Sébastien Montaud, « la construction de l’usine actuelle et de la savonnerie, cette dernière représentant aujourd’hui 50 % des ventes, a permis d’élargir considérablement notre catalogue et de toucher un public plus large. Nos produits véhiculent des images de lavande, de senteurs et de Provence. Ils sont issus d’un artisanat traditionnel «100 % Made in France », fabriqués avec des produits naturels, locaux, de qualité et un packaging haut de gamme…. Ils ont rapidement séduit, tant en France qu’à l’étranger, la clientèle d’un marché grand public ouvert sur le luxe et la beauté ».

En 15 ans, l’entreprise familiale s’est en effet développé tous azimuts. La ferme en GAEC est passée d’une douzaine d’hectares en 1990 à aujourd’hui 45 hectares de lavande et lavandin dont la totalité de la production (environ 40 tonnes) représente 60 % des besoins de matière première de l’entreprise de transformation. Le reste est assuré par un approvisionnement auprès des lavandiculteurs voisins. L’usine, la savonnerie, les entrepôts, les bureaux et le show-room de St Auban couvrent aujourd’hui plus de 2500 m2. L’entreprise emplois localement 45 personnes (10 administratifs et commerciaux, 20 en production atelier et logistique/expédition et 15 à domicile).

Les diffrents articles sont stockés dans plus de 2000 m2 d'entrepôts à St Auban sur l'Ouvèze.
Les différents articles sont stockés dans plus de 2000 m2 d’entrepôts à St Auban sur l’Ouvèze.

« Nous avons tout d’abord commencé à commercialiser nos produits dans le grand quart Sud-est de la France via des détaillants multimarques », précise Sébastien. « Le concept ayant fait tache d’huile, ce sont aujourd’hui un millier de magasins partenaires qui commercialisent en France et autant à l’étranger les articles issus de nos ateliers de St Auban… » En 2012 une nouvelle étape est franchie avec l’ouverture des premiers magasins propres ou franchisés. On en compte aujourd’hui dix en France à Grasse, Vaison la Romaine, Montbrun les Bains, Nice, Arles, Aix en Provence, Les Baux de Provence, Canne, St Paul de Vence et Saintes Marie de la Mer. En 2013 huit magasins aux couleurs du Chatelard sont ouverts en Corée du sud en coopération avec un partenaire local.

Et pendant ces 15 ans, le chiffre d’affaire parti de zéro a suivi une courbe de croissance exponentielle à deux chiffres pour dépasser aujourd’hui le cap des 5 millions d’euros, dont un tiers est réalisés à l’export…

Pendant la conférence de presse, de gauche à droite : Pierre Tournier (conseiller en entreprise), Christophe Montaud (directeur), Sébastien Montaud (président) et Louis Thannberger (banquier d’affaire, introducteur en bourse).
Pendant la conférence de presse, de gauche à droite : Pierre Tournier (conseiller en
entreprise), Christophe Montaud (directeur), Sébastien Montaud (président) et Louis
Thannberger (banquier d’affaire, introducteur en bourse).

Lever des fonds propres pour préparer l’avenir.

Fort de ce spectaculaire développement, son président directeur général Sébastien Montaud annonçait mercredi 29 avril à l’occasion d’une conférence de presse donnée dans ses locaux, que l’entreprise familiale Le Châtelard 1802 allait faire son entrée en bourse dans les semaines à venir. L’objectif est d’arriver à lever quelque 2 millions d’euros de capitaux afin de poursuivre sa croissance autour de deux axes principaux : Renforcer sa présence à l’internationale, notamment en Europe du nord et de l’est, ainsi que sur les marchés du sud-est asiatique et des pays émergents (Chine, Brésil, …). Mais également accélérer l’ouverture de boutiques franchisées dans les grandes agglomérations françaises à fort passage (une vingtaine à l’horizon 2020 : Paris, Lyon, Lille, Strasbourg, Bordeaux, …). Ceci afin d’appuyer l’image de la marque et d’organiser un réseau de distribution fiable et pérenne.

Avec pour exemple et ligne de mire « l’Occitane en Provence » devenue en 40 ans le mastodonte du secteur, la petite entreprise familiale de St Auban se donne aujourd’hui les moyens de jouer dans la cour des grands sur un marché international de plusieurs milliards d’euros.

Alain Bosmans
Article publié dans « L’Agriculture Drômoise » du 7 mai 2015.

Ségolène dit « Oui » à un Parc des Baronnies ouvert aux frondeurs

Ségolène Royale signe le décret de création du PNR des Baronnies Provençales en présence d’Hervé Rasclard (président du SNBP), Didier Guillaume (sénateur, président du conseil général de la Drôme), Didier Lauga (prefet de la Drôme), Marie-Pierre Monier (sénatrice, maire de Vinsobres) et Jean-Louis Joseph (président de la Fédération nationale des Parc naturel régionaux).
Ségolène Royale signe le décret de création du PNR des Baronnies Provençales en présence d’Hervé Rasclard (président du SNBP), Didier Guillaume (sénateur, président du conseil général de la Drôme), Didier Lauga (prefet de la Drôme), Marie-Pierre Monier (sénatrice, maire de Vinsobres) et Jean-Louis Joseph (président de la Fédération nationale des Parc naturel régionaux).

Venue lundi 8 décembre à Vinsobres animer une rencontre autour du thème « Les parcs naturels régionaux levier de développement durable », la ministre de l’écologie Ségolène Royal labellise celui des Baronnies provençales, mettant ainsi, avec doigté, un terme à une démarche qui aura divisé le territoire pendant 15 ans.

La question que chacun se posait lundi matin à Vinsobres était de savoir si la ministre de l’écologie signerait ou pas le décret de création du Parc naturel régional des Baronnies Provençales. Le suspense de faible intensité résidait surtout dans les conditions de cette signature, chacun se doutant bien que Ségolène Royal n’était pas venue pour inaugurer des chrysanthèmes… N’avait-elle pas déclaré quelques semaines plus tôt : « Dans les Baronnies, ce sera pour bientôt… ».

Rien n’était pourtant joué d’avance tant le processus de création de ce PNR fut long et semé d’embûches (voir ci-dessous). La décision s’avérait délicate. Aux termes des études de préfiguration, en 2012 lorsque les acteurs locaux furent amenés à se prononcer, un tiers des communes votèrent contre. Plus récemment le conseil national de la protection de la nature donnait un avis consultatif négatif arguant du manque de cohérence et de pertinence des limites du territoire…

Ségolène Royale fut accueillie à Vinsobres par les responsables du comité des vignerons du village
Ségolène Royale fut accueillie à Vinsobres par les responsables du comité des vignerons du village

Une présentation convaincante

 Aussi tout fut fait pour que la présentation du territoire et de ses atouts soit la plus convaincante possible. Accompagnée par le sénateur président du conseil général Didier Guillaume et le préfet de la Drôme Didier Lauga, accueillie par la sénatrice maire Marie-Pierre Monier et le président du Syndicat mixte du parc des Baronnies Provençales Hervé Rasclard, Ségolène Royal commença par visiter une exposition des différentes initiatives et actions menées par le syndicat de préfiguration. Un tour d’horizon qui permettait à la ministre de découvrir la richesse patrimoniale et humaine du territoire et de s’entretenir avec les responsables des différentes filières agricoles (pastoralisme, forêts, lavande, plantes aromatiques, oléiculture, viticulture, circuits courts, …), des différents domaines d’actions (tourisme, sport de pleine nature, culture, éducation, énergie renouvelable, biodiversité, …).

 

Le maire de Buis Sébastien Bernard explique à la ministre le projet de création d'un réseau de chaleur à bois déchiqueté prévu d'être mis en place au buis en 2015.
Le maire de Buis Sébastien Bernard explique à la ministre le projet de création d’un réseau de chaleur à bois déchiqueté prévu d’être mis en place au buis en 2015.

Un habile compromis

Mais après ces chaleureux préliminaires, le moment tant attendu vint avec le discours de la numéro deux du gouvernement, prononcé devant un large auditoire tout acquis à la cause du parc. En substance Madame Royale commençait par avouer que, sur le papier, le dossier des Baronnies provençales était « difficile ». Mais que, au vu de l’obstination et de la persévérance manifestés pendant 15 ans par ses partisans, et au vu de sa richesse exceptionnelle et de ses potentialités, ce territoire méritait de devenir Parc. Et joignant le geste à la parole, elle signait le décret de création du PNR des Baronnies Provençales sous un tonnerre d’applaudissements tandis que retentissait un émouvant « Coupo Santo » entonné par la salle.

Mais aussi, dans un souci d’apaisement et pour laisser la porte ouverte aux élus des communes qui ont refusé d’adhérer au Parc en 2012 (44 sur 130 quand même), la ministre annonçait la création d’un statut de “communes associées” au PNR des Baronnies Provençales. Les villages qui le souhaitent pourront donc ainsi, de façon tout à fait exceptionnelle, délibérer dans les mois à venir pour adopter ce statut et ainsi être associées aux actions et initiatives du parc sans avoir à attendre 12 ans.

 

Ségolène Royale invite les 44 communes frondeuses à s’associer à la démarche sans attendre 12 ans.
Ségolène Royale invite les 44 communes frondeuses à s’associer à la démarche sans attendre 12 ans.

Un long processus jalonné d’embûches

 Le processus de création d’un PNR dans les Baronnies fut une longue affaire, complexe et jalonné d’embûches. Dés la fin des années 90, quelques élus et une association civile nyonsaise (le GPENB) lancent la réflexion. En 2002, les deux régions Rhône-Alpes et PACA votent conjointement le financement de l’étude de faisabilité. Un périmètre d’étude est identifié. Il comprend 130 communes et sept villes-portes. Selon cette étude 75 % de la population des Baronnies seraient favorables au Parc. Ces résultats sont rapidement contestés avec virulence par des opposants au projet. Une association « Baronnies Libres sans Parc » voit le jour début 2005 et les « anti-Parc » ne cesseront de faire parler d’eux, souvent de manière spectaculaire.

Pour autant, soutenu par la plupart des élus départementaux et régionaux, le processus se poursuit. Un « Syndicat mixte de préfiguration des Baronnies Provençales » voit le jour en 2007, une charte est élaborée, elle est approuvée par les deux régions, les deux départements, les 8 communautés de communes, les 7 villes-portes…

Mais en avril 2012, alors que les conseils municipaux du territoire sont appelés à se prononcer, ce sont seulement 86 communes sur 130 qui votent « pour » l’adhésion au parc. Les 44 communes ayant voté « contre » transforment ainsi le périmètre du territoire en un véritable gruyère. Dans ces conditions, l’Etat hésite et tergiverse pendant deux ans et demi, jusqu’à ce que Ségolène Royal tranche la question et signe le décret de création lundi à Vinsobres, tout en invitant les 44 communes frondeuses à s’associer à la démarche.

Quelques maires des communes de l'association "Baronnies sans parc" (notamment ceux de Ste Jalle, Rémuzat et Cornillac) ont rencontré la ministre pendant quelques instants et pu s'entretenir avec un conseiller de Mme Royal.
Quelques maires des communes de l’association « Baronnies sans parc » (notamment ceux de Ste Jalle, Rémuzat et Cornillac) ont rencontré la ministre pendant quelques instants et s’entretenir avec un conseiller de Mme Royal.

Le Parc Naturel Régional des Baronnies Provençales 

Le « Parc Naturel Régional des Baronnies Provençales » se situe à cheval sur les deux régions de Rhône Alpes et de PACA, les 2/3 dans la Drôme et 1/3 dans les Hautes Alpes. C’est un massif d’environ 217 000 hectares pour une population totale de 35 000 habitants. Sont concernées : 8 communautés de communes (du Pays de Buis les Baronnies, du Val d’Eygues, Interdépartementale des Baronnies, du Pays de Rémuzat, du Serrois, du canton de Ribiers/Val de Méouge, des Hautes Baronnies, du Laragnais) et sept villes Portes (Dieulefit, Grignan, Montélimar, Sisteron, Vaison-la-Romaine, Valréas et Veynes).

Pour le moment seules 86 communes (sur les 130 de la zone en question) ayant adhéré en avril 2012 à la charte de parc font partie du PNR des Baronnies Provençales. Les 44 autres en sont exclues pour 12 ans, à moins de délibérer dans l’année qui vient, afin d’adopter le statut de « communes associées » pouvant bénéficier des mêmes avantages que les premières.

Le budget de fonctionnement du parc (de l’ordre d’un million d’euros) est assuré à 40 % par la région Rhône-Alpes, 20 % par la région PACA, 20 % par le département de la Drôme, 10 % par le département des Hautes-Alpes, les 10 % restant sont à la charge des communes et communautés de communes, soit 2 euros par an et par habitants.

L’ensemble des élus et de l’équipe technique du syndicat mixte de préfiguration entourent Ségolène Royale. La satisfaction se lit sur les visages.
L’ensemble des élus et de l’équipe technique du syndicat mixte de préfiguration entourent Ségolène Royale. La satisfaction se lit sur les visages.

Le cinquante et unième PNR

 Un parc naturel régional (PNR) est un territoire rural habité, reconnu au niveau national pour sa forte valeur patrimoniale et paysagère, mais qui reste fragile. Il s’organise autour d’un projet de développement sur 12 ans, fondé sur la protection et la valorisation de son patrimoine culturel et naturel. Avec celui des Baronnies Provençales, on compte désormais 51 parcs naturels régionaux en France (48 en métropole, un en Guyane et en Martinique). Cela représente 15 % du territoire et plus de 4200 communes sur 24 régions et 74 départements. Plus de 3,8 millions d’habitants y vivent.

 Articles et Photos d’Alain BOSMANS

Un œil neuf sur les Baronnies Provençales

Les sept étudiants avec (à gauche) Audrey Pelloux, animatrice du « Campus Européen ».

Le Parc des Baronnies Provençales Un groupe d’étudiants bénévoles a participé pendant 3 semaines à un « Campus Européen » visant à identifier les forces et les faiblesses de la commercialisation, en Europe du Nord, des produits emblématiques de ce territoire. L’occasion aussi de faire le point sur la création d’un parc qui se fait attendre.

Souhaitant favoriser les initiatives de valorisation des produits de terroir et soutenir de nouvelles dynamiques, le futur Parc naturel régional des Baronnies Provençales a accueilli du 26 août au 13 septembre sept étudiants de six nationalités différentes (Angleterre, Italie, Hongrie, Tunisie, Bulgarie, Russie) dans le cade d’un « Campus européen ». Organisé en partenariat avec le Groupe d’Action Local (GAL) « LEADER Une Autre Provence » et le Centre Méditerranéen de l’Environnement (CME), le campus portait sur la valorisation, d’un point de vue commercial et marketing, des produits agricoles et touristiques des Baronnies.

Les étudiants ont rencontré Fabien Begnis, président du syndicat des producteurs de petit épeautre de Haute Provence.

Etudiants bénévoles francophones âgés de 19 à 31 ans, ils avaient été sélectionnés dans leurs universités respectives pour leurs compétences en économie, agronomie, marketing, aménagement du territoire, etc.  Leur mission était de mettre leur « matière grise » au service des Baronnies Provençales, et d’apporter un œil neuf sur certaines initiatives locales.

Les étudiants avec Philippe Soguel devant la distillerie Bleu Provence de Nyons.

Partager l’expérience des acteurs locaux

Arrivés le 24 août dernier, ayant établi leur base au gîte du St Julien à Buis les Baronnies, leur première semaine fut consacrée à la découverte des produits des Baronnies provençales (huile d’olive, olives, lavande et autres plantes aromatiques, vins, fruits, petit épeautre, …). Les étudiants rencontrèrent ainsi de nombreux professionnels et experts locaux des filières agricoles: Marc Bonnard pour le GAL « Une autre Provence » et la stratégie LEADER, Mathieu Morard de l’association Pren Lo d’Aise, Fabien Begnis pour le petit épeautre, Jean-Pierre Jourdan, Christian Bartheye et Anne Laurent pour l’olive et son huile, Valéry Liotaud pour la viticulture, Philippe Soguel et Pierre Etienne Longeret pour les plantes aromatiques, Benoit Chauvin Buthaud pour la chambre d‘agriculture, …

Les étudiants du Campus avec Anne Laurent directrice de la coopérative du Nyonsais.

Etablir un panel de propositions.

Cet échange intergénérationnel entre des jeunes de nationalités, expériences et profils différents permettait de faire émerger un panel de propositions concrètes sur les modes de valorisation possibles à court, moyen et long terme. L’ensemble de ces propositions fut détaillé vendredi dernier 13 septembre en mairie de Buis où se tenait une réunion de présentations des résultats du campus en présence des différents protagonistes.

En présence du maire Jean Pierre Buix, les étudiants ont présenté le résultat de leurs trois semaines de réflexion et d’analyse.

 Y étaient notamment présents : Jean Pierre Buix maire de la commune, Gilberte Brémond directrice adjointe du Syndicat Mixte des Baronnies Provençales (SMBP), Mathieu Guary (directeur du Centre Méditerranéen de l’Environnement (CME) et Audrey Pelloux (animatrice du campus).

Les étudiants ont présenté leur travail devant les partenaires du Campus.

Passant en revue les différentes productions agricoles emblématiques du territoire (lavande, huile d’olive, olives, petit épeautre, plantes aromatiques, vins, fruits, …), les étudiants ont présenté pour chacune le résultat de leurs réflexions visant à les rendre plus attractifs et accessibles aux consommateurs des pays d’Europe du nord.

Parmi les propositions on aura noté :
– La création d’une liqueur glacée à base de lavande.
– La création d’une gamme de bières artisanales faites à base de petit épeautre, déclinées sous le nom de « La Baronne » en cinq parfums (menthe poivrée, thym, lavande, tilleul et géranium).
– La création d’une barre de céréale énergétique avec des fruits secs locaux, abricots, miel, petit épeautre.
– Apporter une plus grande importance à l’emballage (à la fois moderne et innovant) des produits à exporter.
– Mettre en place un réseau de distribution à l’export commun aux différentes filières locales.

Le point sur la création du PNR des Baronnies Provençales

Un territoire d’exception à promouvoir et à protéger.

Ce territoire de 130 communes et 7 villes portes entre Drôme et Hautes Alpes n’attend plus aujourd’hui que le décret gouvernemental de sa labellisation en Parc Naturel Régional. L’instruction administrative est terminée, la charte du futur parc a été approuvé par une majorité incontestable (67 % des 1576 conseillers municipaux ont voté pour le parc, les deux tiers des 130 communes et la totalité des communautés de communes y ont adhéré). Majorité incontestable certes, mais on est loin de l’unanimité et les opposants au parc ne désarment pas. Dans ces conditions, l’Etat semble hésiter à signer le décret de création d’un PNR des Baronnies sur un territoire dont un tiers des communes serait de facto exclu…

En l’attente de cette décision, le syndicat mixte d’aménagement des Baronnies Provençales (SMBP) a été reconduit par ses financiers pour les années 2013 et 2014. Il a poursuivi ses études sur la toponymie, les filières bois, sur l’eau vive, sur les circuits courts. Il a participé aux traditionnelles manifestations locales : alicoque, tilleul, fruits anciens, congrès des parcs, etc. Sur le terrain, 75 mesures ou actions sont conduites sous sa houlette pour un budget de près de 700 000 euros. Pour les élus qui conduisent son action, le retard pris par la labellisation est imputable à la gestation de la nouvelle loi de réforme territoriale…

Une nouvelle loi de décentralisation est en effet prévue en fin d’année 2013. Elle pourrait contenir une modification de l’agrément pour les parcs : soit un vote «qualifié » (si la majorité des votants dit oui, la charte s’applique à tous), soit un vote des seules communautés de communes. Mais dans ce cas il faudrait quand même probablement s’attendre à un nouveau vote pour éviter une application rétroactive de la loi…

Alain Bosmans
Article paru dans « L’agriculture Drômoise » du 19 septembre 2013.

Les Fralib et le tilleul des Baronnies

Les anciens salariés de Fralib (Marc Decugis, Nadine Fiquet et François Collatresso) examinent le tilleul avant d’effectuer les tests de coupe.

Il y a trois ans, la multinationale Unilever décidait de fermer l’usine de thé Lipton et de tisanes Eléphant de Géménos (Bouches-du-Rhône), laissant sur le carreau 182 salariés. Une centaine d’entre eux continue de se battre pour redémarrer la production dans le cadre d’une coopérative ouvrière (SCOP). Ils sont venus la semaine dernière dans les Baronnies s’approvisionner en tilleul.

Trois anciens salariés de Fralib, qui depuis plus de 1000 jours occupent leur usine et se battent pour sauvegarder leurs emplois et leur savoir faire, avaient rendez vous lundi 26 août à 13h30 devant l’entrepôt de l’entreprise Phytotec au quartier de la Grange Neuve à Mollans sur Ouvèze. Parmi eux Nadine Fiquet responsable de la commission « qualité et analyse » de la coopérative ouvrière baptisée « Société coopérative ouvrière provençale de thés et infusions » (Scop T.I), dont le principal objectif est la reprise à Gemenos d’une production arrêté depuis 3 ans.

Marc Decugis, Nadine Fiquet et François Collatresso devant les machines de Phytotec à Mollans sur Ouvèze.

Accueillis par plusieurs militants du Front de Gauche et le directeur de Phytotec Robert Gozzi, ils étaient venus de Marseille pour effectuer des tests de coupe de tilleul destiné à des sachets « mousseline » pouvant être produits sur les machines de Géménos. « L’objectif est aussi de nouer des relations avec les filières d’approvisionnement en matière première en s’adressant directement aux producteurs locaux afin d’obtenir au juste prix des produits de qualité. Contrairement à ce que faisait Unilever, qui utilisait notamment des substituts chimiques en guise d’arôme, nous souhaitons produire des infusions aux saveurs naturels possédant toutes les garanties sanitaires» explique Nadine Fiquet.

Reconnaître le travail de l’agriculteur

 Pour effectuer les tests, les « Fralibiens » ont acheté au prix de 18 € le kilo, à Bruna Rochas, producteur à Rioms, 250 kg de tilleul certifié Bio qu’ils se sont fait livrer à Phytotec. « Un tarif particulièrement attractif, nettement au dessus du prix habituel de vente du tilleul dans la région et qui permet de reconnaitre le travail de l’agriculteur en lui versant une juste rémunération » souligne Nadine Fiquet. « Cette première livraison sera immédiatement utilisée par le comité d’entreprise pour lancer une première production militante de sachets « mousseline » de tilleul des Baronnies, destinés à être vendus, entre autres, à la fête de l’Humanité les 13, 14 et 15 septembre ».

En présence d’élus et de militants du Front de Gauche (parmi lesquels le maire Jean-Pierre Buix et le conseiller régional (PC) Jean Michel Bochatton, les ouvriers de Fralib ont lancé mercredi matin sur le marché de Buis un appel à la mobilisation en faveur de leur lutte.

Ces acheteurs particuliers ont aussi profité de leur passage à Buis les Baronnies pour expliquer aux buxois comment « la victoire des ouvriers face à la multinationale Unilever pourrait relancer la production agricole de tilleul dans les Baronnies », selon la formule de Gérard Cazorla, le très médiatique secrétaire (CGT) du comité d’entreprise. Alors, sur la place des Arcades au beau milieu du marché mercredi matin, devant une grande banderole revendicative, les Fralib distribuèrent tracts et appels à souscription, expliquant longuement aux passants la nature autogestionnaire de leur démarche et comment les producteurs locaux de tilleul pourraient y participer et y trouver intérêt.

 Relancer la filière tilleul ?

 Aussi, dans l’après midi, avant d’aller récupérer à Phytotec leur tilleul finement coupé, les visiteurs rencontraient en mairie les élus du territoire en la personne du maire Jean Pierre Buix, de la conseillère générale du canton Marie Claire Cartagéna, du vice président de la région Rhône Alpes en charge de l’agriculture Michel Grégoire ainsi que des représentants du futur Parc des Baronnies Provençales, Lionel Tardy et Gilberte Brémond. Il s’agissait de savoir comment les producteurs locaux pourraient approvisionner en tilleul Bio l’usine de Gémenos dans l’hypothèse d’une reprise de ses activités. Très attentifs aux propos tenus par les « Fralibiens », les élus furent tous intéressés par un projet qui permettrait de relancer la filière tilleul en sommeil depuis une dizaine d’années.

Les « Fralibiens » (à gauche) et les militants du Front de Gauche des Baronnies (à droite) ont rencontré en mairie de Buis les élus du territoire (au centre).

Mais si, de part et d’autre, une volonté commune s’est manifestée, il semble bien qu’il reste encore trop d’inconnu du coté de Fralib pour faire tomber de nouveau en pluie les bractées de tilleul dans les bourrasses des Baronnies. De quels tonnages de tilleul la coopérative ouvrière aura-t-elle besoin et à quelle échéance, ont demandé les élus locaux aux représentants syndicaux qui ne furent pas en mesure de répondre. La question du résultat des futures négociations entre les irréductibles de Fralib et la direction d’Unilever (qui pour l’instant se refuse à toutes négociations), semble bien en effet la pierre d’achoppement à la reprise de la production à Géménos et au succès d’un projet alternatif de gestion dans le cadre d’une coopérative ouvrière (voir l’interview de Gérard Cazorla). Dans les Baronnies pourtant, on ne demande qu’à y croire !

 « Pour une rémunération équitable de tous »

Gérard Cazorla, le secrétaire (CGT) du comité d’entreprise Fralib devant l’affiche de la pièce de théâtre « 1789 » jouée au Buis cet été par le « Théâtre des habitants ».

Trois questions à Gérard Cazorla, secrétaire (CGT) du comité d’entreprise de Fralib.

Question : Comment définissez vous le projet alternatif de production que vous mettez en place dans le cadre d’une coopérative ouvrière ?

Gérard Cazorla : « A l’origine, notre premier objectif était de conserver nos emplois et de maintenir notre outil de travail en nous opposant à la fermeture de l’entreprise décidée par Unilever. Mais rapidement on s’est aperçu qu’il ne suffisait pas de sauver l’outil de travail et de reprendre nous-mêmes la production, mais qu’il fallait aussi envisager de travailler autrement. Travailler pour nous les travailleurs et non pour gaver des actionnaires. Travailler pour produire des produits sains et de qualité qui rémunèrent équitablement tous ceux qui participent à la chaîne de production, à commencer par l’agriculteur. C’est pourquoi, grâce à la médiation du groupe de militants du Front de Gauche des Baronnies, nous avons souhaité nouer des contacts avec les producteurs de tilleuls afin de mettre en place une filière courte capable d’approvisionner une production de sachets de tisane que nous espérons prochaine. »

Question : Justement, en dehors de cette production militante de quelques centaines de kilos de tilleul, qu’elles sont les prévisions de reprise de la production dans le cadre de la SCOP T. I. ?

Gérard Cazorla : « Aujourd’hui, après l’annulation successive en justice des trois Plans de sauvegarde de l’emploi (PSE), nous sommes face à des échéances juridiques qui, en septembre ou octobre, peuvent renverser la situation… Ce que nous demandons, en vain depuis 3 ans, c’est de pouvoir ouvrir avec la direction d’Unilever, une vraie négociation portant sur la reprise de l’entreprise par notre coopérative ouvrière. Une négociation qui porterait notamment sur la marque « Eléphant » que nous souhaitons conserver, ou sur le lancement éventuel d’une marque méridionale différente, et sur la garantie qu’Unilever nous accorde des volumes de sous-traitance pendant 5 ans… ». Mais pour cela, il faudrait que le gouvernement soutienne cette négociation. Notre demande n’est pas si utopique que cela : Unilever a déjà accordé dans le passé de telles conditions à des repreneurs. Ainsi la marque Royco en France ou Miko en Espagne…

Question : En dehors du tilleul des Baronnies êtes vous en train d’activer d’autres sources d’approvisionnement en matières premières ?

Gérard Cazorla  « Pour le thé nous maintenons des contacts avec des producteurs en Chine et au Vietnam. Nous étudions également avec des producteurs de la région PACA la possibilité de produire des sachets de tisanes à partir de plusieurs plantes aromatiques régionales. Nous avons aussi l’intention de développer des produits nouveaux et originaux, comme par exemple, le thym aromatisé en sachet. A cet effet nous somme en contact avec des producteurs de thym à Trets (Bouche du Rhône) qui nous ont fourni des échantillons pour des essais sur nos machines. »

Pour en savoir plus :
Le point de vue de la CGT : http://cgt.fralibvivra.over-blog.com/
Le point de vue de la direction d’UNILEVER : http://www.fralib.fr/

Article et photos d’Alain Bosmans, paru intégralement dans « L’agriculture Drômoise » du 5 septembre 2013 et partiellement dans le « Dauphiné Libéré » du 31 août 2013.

Les huiles essentielles de lavande sont en danger

Les plantations de lavande vont-elles de disparaitre du paysage de la Haute Provence ? La menace vient de Bruxelles. (Photo Annie Molinet)

Les nouvelles contraintes de la réglementation européenne « REACH » en matière de produits chimiques mettent en danger l’existence même de la production d’huile essentielle de lavande en Haute Provence. Si les experts de Bruxelles voulaient tuer la lavande Provençale, ils ne s’y prendraient pas autrement … La filière tout entière se mobilise !

A la tribune de l’AG de l’APAL à Sault le 17 avril dernier, on reconnait à gauche Lionel Fra (nouveau président de l’APAL), au centre Paul Arnoux (conseiller général Drôme), puis Francis Vidal (président sortant de l’APAL), André Faraud et Max Raspail (conseillers généraux Vaucluse).

La peur du Reach

« Amis producteurs, il nous faut sonner le tocsin ! Nous ne savons pas si, dans peu de temps, nous existerons encore en tant que producteurs d’huiles essentielles, toutes catégories confondues… » C’est en ces termes que Francis Vidal s’est adressé, mercredi dernier 17 avril à Sault, à l’assistance en ouverture de l’assemblée générale de l’APAL. Avant de laisser la place à son successeur Lionel Fra, le président de l’association qui regroupe les producteurs d’huile essentielle de lavande de Haute Provence, sur les quatre départements de la zone d’appellation (Drôme, Vaucluse, Alpes de Haute Provence et Hautes Alpes) a souhaité appeler à la résistance l’ensemble de la filière lavandicole face au déferlement de réglementations, particulièrement destructrices, venant de Bruxelles.

L’assistance était constituée de producteurs et de représentants de la filière. Au premier plna on reconnait Philippe Soguel et Alain Aubanel

En cause, la réglementation REACH (acronyme de enRegistrement, Evaluation, et Autorisation des produits Chimiques) dont Bert Candaele, chargé de mission au CRIEPPAM, détaillait les mesures concernant les huiles essentielles et les conséquences de leur application.

Chimique, la lavande ?

Au départ, la règlementation REACH a un objectif noble, qui est de protéger le consommateur européen de tous les produits chimiques potentiellement dangereux qui l’entoure. A cet effet, REACH exige un dossier pour chaque produit chimique fabriqué ou importé dans l’union européenne, une sorte de dossier d’homologation. En principe, les produits naturels sont exemptés de cette réglementation et REACH ne devrait donc normalement pas concerner les huiles essentielles… Sauf que celles-ci, étant pour la plupart irritantes pour les yeux ou inflammables, elles perdent, selon REACH, leur qualité de produits naturels pour devenir des substances chimiques…

De cette classification erronée découlent des exigences ubuesques puisque, comme le souligne Bert Candaele, « on aura beau tourner la question dans tous les sens, le naturel et les huiles essentielles ne veulent pas rentrer dans les « cases » prévues par la chimie. Et de poser la question : Qui est le fabricant de l’huile essentielle ? Le distillateur comme le prétend REACH ou la plante elle-même qui, par la biosynthèse fabrique l’huile essentielle… Comment définit-on l’huile essentielle, lorsque l’on sait que dans la nature chaque plante fabrique une huile essentielle différente et que, contrairement aux produits chimiques, chacun de ses quelque 600 constituants est variable … »

L’écotoxicité est une autre source d’aberration et les méthodes adaptées aux huiles essentielles sont inexistantes. Ce qui n’empêche pas REACH de continuer à en exiger la mesure… Sans parler du coût des dossiers qui sont complètement disproportionnés par rapport à la taille des distilleries.

Quel consommateur acceptera d’acheter des produits de parfumerie, de cosmétique ou d’aromathérapie avec de tels pictogrammes ?

Un étiquetage suicidaire

A cela s’ajoute le souhait du Conseil scientifique européen d’élargir la liste des substances jugées « allergènes » qui passerait de 26 à plus de 130 et de transformer ainsi les seuils d’étiquetage en seuil d’interdiction… La mise en place d’une telle réglementation et le fort effet repoussoir des pictogrammes rendus obligatoires sur les étiquettes, rendraient très difficile l’utilisation des produits naturels dans les cosmétiques. On pourrait s’attendre à un effondrement de la consommation d’huiles essentielles avec en contrepartie une forte progression de l’utilisation des produits chimiques de synthèse.

Et la conclusion de Bert Candaele est sans appel : « je dis que les huiles essentielles sont en danger. Si rien n’est fait, il deviendra de plus en plus compliqué pour les industriels de les utiliser, et ils les supprimeront des formulations. »

La lavande doit-elle disparaitre des paysages de Haute Provence ? (Photo Annie Molinet)

La filière se mobilise

 Conscients des risques encourus, les producteurs réunis à Sault mercredi dernier ont décidé de se prendre en main et de réagir. A leurs cotés ont trouvait les conseillers généraux du Vaucluse André Faraud et Max Raspail, de la Drôme Paul Arnoux, le vice président de PPAM France Philippe Soguel, le président du CIHEF Alain Aubanel et le directeur de FranceAgrimer à Volx.

Il fut décidé de mobiliser l’ensemble des acteurs du parfum, de la cosmétique, de l’aromathérapie et d’aller porter la bonne parole, celle de la raison, auprès des décideurs politiques à tous les niveaux, départements, régions, ministères, à Paris, Strasbourg et Bruxelles.

La lavande doit-elle disparaitre des paysages de Haute Provence ? (Photo Annie Molinet)

Des propositions ont été faites

+ Expliquer que les producteurs ne sont pas opposés à l’évaluation des huiles essentielles, mais que cette évaluation doit pouvoir se faire avec des méthodes qui tiennent compte du naturel et du vivant, et avec des moyens compatibles avec leur activité.

+ Se faire aider par l’opinion publique en alertant les médias et le grand public sur cette situation ; la lavande est un produit agricole bénéficiant d’une image très positive.

+ La lavande de Haute Provence, le produit agricole comme le savoir faire de sa production, constitue pour notre région un patrimoine collectif ancestral. Pourquoi ne pas proposer une reconnaissance au patrimoine immatériel culturel de l’Unesco pour les plantes, leurs extraits et leurs usages ?

Alain Bosmans
Article paru dans « l’Agriculture Drômoise » du 25 avril 2013 et « Le Vaucluse Agricole » du 26 avril 2013.

VINSOBRES, LE PARTI D’EN RIRE !

Le village de Vinsobres a été choisi pour organiser, en juillet 2013, la rencontre nationale des villages aux noms burlesques, fête exceptionnelle et unique en son genre.

Les maires et représentants de 13 communes sont venus à Vinsobres préparer la prochaine rencontre. Au premier rang, on reconnait Louison Flouret (présidente de l’association « Vinsobres, qui l’eût crû ! »), Serge Cornud (maire de Vinsobres), Patrick Lasseube (président du groupement des communes aux noms burlesques) et Roger Gleize (président du comité des vignerons de Vinsobres).

Réunir la truculence des mots et la succulence des produits, se servir du nom évocateur d’un village qui prête à sourire pour faire parler de soi, utiliser l’art de l’autodérision pour promouvoir sans complexe la découverte de produits régionaux, tel est le programme du « Groupement national des communes aux noms burlesques, pittoresques ou chantants » dont la 11ème rencontre annuelle se déroulera les 6 et 7 juillet prochain à Vinsobres.

Le groupement des communes aux noms burlesques a vu le jour en 2003 lorsque le maire Patrick Lasseube de la commune de Saint-Lys en pays toulousain (dont un des hameaux signifie « mange-oignon » en occitan) eut l’idée géniale d’inviter toutes les communes de France ayant un nom qui prêtaient à sourire, à la traditionnelle fête champêtre du hameau en question. Ce fût là le départ d’une épopée qui, regroupant à peine 9 communes en 2003, en compte aujourd’hui plus d’une quarantaine. Depuis, des liens d’amitiés se sont tissés entre ces communes qui, chaque année début juillet, sont accueillis par l’une d’entre elles pour un rassemblement haut en couleur. Le village désigné rivalise alors d’ingéniosité pour recevoir dans la bonne humeur de très nombreux visiteurs et créer un événement national très prisé des médias. Après Saint-Lys en 2003, ce fût le tour de Beaufou en 2004, Cocumont en 2005, Arnac la Poste en 2006, Clochemerle en 2007, Vatan en 2008, Bouzillé en 2009, Cassaniouze en 2010, Corps Nuds en 2011, Andouillé en 2012. Et en 2013 ce sera Vinsobres, seule commune du Sud-est de la France, représentant la Provence au sein du groupement. Vinsobres en 2013 ! Qui l’eût crû ?

Vinsobres ! Qui l’eût crû ?

Le maire de Vinsobres Serge Cornud (ça ne s’invente pas !) dont la mairie est située rue Gironde (ça ne s’invente pas non plus) explique : « C’est au salon de l’agriculture en février 2006 que tout a commencé. La cave coopérative « La Vinsobraise » a été contactée par un groupe de jeunes gens d’Arnac-la-Poste qui, ayant beaucoup apprécié le nom de notre village et, semble-t-il, encore plus son vin, a demandé si la commune voulait bien rejoindre le groupement national des communes aux noms burlesques. Nous y avons adhéré en 2007 et depuis, chaque année, Vinsobres envoi une délégation pour participer aux rencontres annuelles ou notre stand connait un vif succès. La très forte sollicitation des autres villages nous a ensuite amené à nous porter candidat pour recevoir en 2013 la 11ème rencontre annuelle du groupement ». En somme, Vinsobres y a crû !

Le maire de Vinsobres Serge Cornud

Profiter de son nom pour se faire un nom !

En accueillant les 6 et 7 juillet prochain la 11ème Rencontre des communes aux noms burlesques, pittoresques ou chantants, le village compte bien en effet profiter de son nom pour valoriser les multiples richesses de son terroir. A commencer par la qualité de ses vins, reconnus « Crus des côtes du Rhône » depuis 2006. Mais aussi de ses olives et huiles en AOC depuis 1994, de sa truffe noire, de ses champs de lavande et lavandin ou encore de ses vergers d’abricotiers « Orangé de Provence ».

Le président du groupement des communes aux noms burlesques Patrick Lasseube.

« La fête annuelle des communes aux noms burlesques est un grand moment de partage, d’échange et de bonne humeur » soulignait le président fondateur du groupement Patrick Lasseube lors de la conférence de presse tenue samedi dernier à Vinsobres où une quarantaine de représentants des communes du groupement étaient venus de toute la France pour préparer le prochain rassemblement. « Notre mission est de promouvoir le rire, la gastronomie, la convivialité, la découverte de nos produits régionaux authentiques, autant d’ingrédients qui favorisent les échanges humains, les liaisons directes entre producteurs et consommateurs… »

En2012, une nombreuse délégation vinsobraise a joyeusement participé aux journées de rencontre à Andouillé

Une fête gourmande des terroirs de France

Cette manifestation unique en son genre s’inscrit dans la tradition des fêtes populaires agricoles. Venant de toute la France, chaque village se déplace en délégation et pendant deux jours, le village d’accueil se transforme en un grand marché de terroir où chaque commune dispose d’un stand pour promouvoir ses produits et son identité. En parallèle du marché, de nombreuses animations gratuites ponctuent la manifestation attirant une foule nombreuse : défilé des délégations, visites guidées, défi des maires, expositions, randonnées, démonstrations de métiers, jeux pour enfants, …

Des représentants de 13 communes (sur les 27 qui enverront des délégations en juillet) étaient présents le week-end du 16 et 17 février à Vinsobres pour préparer la prochaine rencontre.

A Vinsobres les 6 et 7 juillet prochain, 27 communes du groupement seront représentées et entre 500 et 600 personnes des différentes délégations seront accueillis, la plupart chez l’habitant. 15 000 visiteurs sont attendus sur les deux jours et une équipe d’environ 200 bénévoles est mobilisée. 3500 à 4 000 repas seront servis avec des produits typiques de la région arrosés du nectar des dieux local. De très nombreux médias régionaux et nationaux sont appelés à relayer l’événement qui constituera un temps fort de communication pour la renommée du village, de ses productions agricoles et de son image touristique.

le maire de la commune Serge Cornud (avec le micro), le président du groupement des communes aux noms burlesques Patrick Lasseube (à droite), la présidente de l’association « Vinsobres, qui l’eût crû ! » Lison Flouret et le président du comité des vignerons de Vinsobres Roger Gleize ont présenté le programme des journées du 3 et 7 juillet.

La préparation bat son plein !

Pour organiser la manifestation une association « Vinsobres, qui l’eût crû ! » a vu le jour en mai 2010. Présidée par la conseillère municipale Lison Flouret, elle compte aujourd’hui environ 70 adhérents et plus d’une centaine de bénévoles impliqués. Afin de mener à bien son action, 13 commissions de travail thématiques ouvertes à tous ont été mises en place (hébergement, animations, restauration, finances, sécurité, logistique, vins, …). Doté d’un budget de 144 000 euros, l’association peut compter sur le total soutien de la municipalité, de l’office de tourisme, du conseil général et de la chambre d’agriculture de la Drôme, ainsi que de nombreux partenaires locaux. L’association « Vinsobres, qui l’eût crû ! » a également noué un partenariat très fort avec le Comité des vignerons de Vinsobres qui travaille main dans la main pour le succès de cette manifestation festive unique, où le vin, le cru de Vinsobres, tiendra une place prépondérante.

La Cuvée spéciale « Vinsobres, qui l’eût cru !En tant que hôtes de cette 11ème rencontre des communes aux noms burlesques, pittoresques ou chantants, les vignerons de Vinsobres se sont montrés créatifs et originaux pour présenter leur savoir-faire aux 15 000 visiteurs issus de la France entière attendus durant le week-end du 6 et 7 juillet 2013. Une cuvée spéciale « Vinsobres, qui l’eût cru ! » a été créée pour l’occasion. Douze domaines ou caves ont répondu favorablement à ce beau projet ambitieux et fédérateur.
Pour Pascal Monier, Directeur de la cave coopérative la Vinsobraise et responsable de la commission vin « Cette bouteille résume toute la symbolique de la grande fête qui se prépare. Cet assemblage sera l’expression de différents terroirs de la commune de Vinsobres ainsi que différents coups de mains de vinificateurs. »
Le millésime de la cuvée est un 2011, superbe millésime sur le fruit avec des tanins soyeux. Près de 2 000 bouteilles sont produites et seront servies lors des différents repas durant les deux jours de la fête. Les visiteurs retrouveront ce délicieux « Vinsobres » aux différentes buvettes du marché des terroirs.
Les Domaines ou Caves ayant gracieusement participés à l’élaboration de cette cuvée sont : Domaine Chaume-Arnaud, Domaine Jaume, Domaine de Deurre, Domaine le Mirabeau, Domaine Autrand, Domaine Peysson, Château de Rouanne, Domaine du Moulin, Cave La Vinsobraise, Domaine la Bataille des Anges, Domaine l’Ancienne Ecole, Domaine la Péquelette.

Alain Bosmans
Article paru dans l’Agriculture Drômoise du jeudi 21 février 2013

Distillateur d’eau-de-vie de père en fils

Pour certaines préparations, Gilbert Nicoleau continue à utiliser l’ancien alambic que les touristes viennent visiter dans son magasin de Buis.

A Buis les Baronnies, Gilbert et Chantal Nicoleau perpétuent l’ancestrale tradition des distillateurs d’eau de vie et des bouilleurs de cru.

Privilèges et réglementations

 La croyance populaire confond le distillateur d’eau de vie et le bouilleur de cru. On croit souvent que ce dernier est autorisé à distiller lui-même ses fruits à domicile. Il n’en est rien. Le bouilleur de cru, dont la réglementation n’a cessé d’évoluer depuis 1960, est celui qui, possédant ce privilège ancestrale, amène le marc ou les fruits qui serviront à fabriquer l’alcool chez le distillateur. C’est seulement celui-ci qui transforme cette matière première en un breuvage fort apprécié. Un métier qui n’a pas d’âge, dont l’exercice se raréfie mais qui est toujours d’actualité comme en témoigne Gilbert Nicoleau de la distillerie de Buis les Baronnies qui vient de moderniser son entreprise en acquérant un second et nouvel alambic de la dernière génération.

Gilbert Nicoleau vient d’acquérir à Bénivay un nouvel alambic de la dernière génération.

Tous bouilleurs de cru ?

« Pendant longtemps, seuls les bouilleurs de cru bénéficiant d’un privilège ancestral pouvaient venir faire fabriquer leur eau de vie à la distillerie. Ce privilège expirant à la fin de leur vie, leur nombre est aujourd’hui en diminution constante et ne concerne plus que des agriculteurs très âgés. Heureusement la législation a récemment évolué et aujourd’hui, cette faculté est ouverte à tous les particuliers ayant des arbres fruitiers dans leur jardin. Tout le monde en effet, à la simple condition d’être propriétaire ou locataire d’au moins un arbre fruitier et ou d’une vigne, est autorisé à faire distiller sa propre récolte dans un atelier public après avoir acquitté les taxes correspondantes » explique Gilbert. Depuis 2003, ces droits qui s’élèvent à 16,60 euros par litre d’alcool pur, ont été réduits de 50%, dans la limite de 1000 degrés d’alcool par campagne (20 litres à 50 °) soit 4,30 euros le litre à 45°. À cela, s’ajoute bien sûr la rémunération du distillateur (4,30 € par litre à la distillerie Nicoleau) qui prend en charge toutes les formalités administratives. Ces alcools ainsi obtenus sont cependant destinés à la seule consommation personnelle de l’apporteur de fruits qui n’est pas autorisé à les commercialiser.

 Une entreprise familiale

 Distillateur d’eau de vie est un métier que l’on se transmet de père en fils dans la famille Nicoleau depuis 3 générations. Le grand père Gaston Nicoleau ouvre en 1902 la première distillerie de Buis qui porte toujours son nom. A cette époque la réglementation en matière d’eaux de vie était extrêmement libérale. Les bouilleurs de cru étaient nombreux à distiller eux-mêmes leurs fruits et la distillerie de Buis ne travaillait que le raisin. Son fils Henri Nicoleau ouvre un premier magasin où sont commercialisés différentes eaux de vie et spiritueux (abricots, cerises et raisins Muscat) issus de la distillerie. Lorsque Gilbert et Chantal Nicoleau prennent la relève en 1985, ils diversifient encore un peu plus la gamme des fruits distillés (poires, prunes, coings, …), ouvrent une nouvelle distillerie/magasin au Buis, tout en exploitant la ferme arboricole de la maman de Gilbert à Bénivay-Ollon. Aujourd’hui « La Ferme d’Ollon » (qui est également un gîte pouvant accueillir 4 personnes à la semaine dans un décor bucolique de vergers et de vieilles pierres), produit sur une dizaine d’hectares des abricots (4 ha) des oliviers (4 ha) et divers fruits (cerises, poires, prunes, raisins, coings) qui sont à 80 % commercialisés et 20 % transformés en nectar, jus de fruits et eaux de vie. L’exploitation arboricole est conduite en culture biologique.

Pour ses distillations, Gilbert Nicoleau sélectionne les fruits de la meilleure qualité et au meilleur de leur maturité.

Une distillation artisanale

 Les fruits, sélectionnés de la meilleure qualité et au meilleur de leur maturité, sont dénoyautés, passés au fouloir et mis en fûts. La fermentation commence au bout de quelques jours. Ce sont les levures qui se trouvent sur la peau des fruits qui vont transformer leur sucre en éthanol. La fermentation, dite anaérobie (sans oxygène) dure quelques semaines (en fonction de la température et de la quantité de sucre et de levures) avant la distillation réalisée à l’aide d’un alambic.
Le principe consiste à chauffer (au feu de bois) le mélange de fruits fermentés qui va être mené à s’évaporer puis refroidit pour obtenir l’alcool. On obtient en sortie un alcool sortant à 65/70° voir plus, qui va ensuite être dilué avec de l’eau pour obtenir le degré désiré.

Distillation traditionnelle dans les années 50 par le père de Gilbert, Henri Nicoleau.

Aujourd’hui la distillerie Gilbert Nicoleau possède 2 alambics. L’un ancien et traditionnel dans le magasin de Buis, l’autre ultra moderne vient d’être installé dans « La Ferme d’Ollon » à Benivay permettant une distillation plus fine dans des conditions plus respectueuses de l’environnement.

Dans le magasin/distillerie du boulevard Gabriel Verdet à Buis, les client et visiteurs trouvent toute une gamme d’alcools, eaux de vie, apéritif, liqueurs de fruits et d’élixirs de thym aux fleurs sauvages, mais aussi des produits du terroir : cerises, abricots, tapenades, olives et huiles d’olives en AOP, etc

Gilbert et Chantal Nicoleau accueillent les visiteurs et nouveaux bouilleurs de cru dans leur magasin/distillerie de Buis.

 Pour en savoir plus : Distillerie Gilbert Nicoleau – Bd Gabriel Verdet – 26170 – Buis les Baronnies – tel 04 75 28 15 62 ou 06 60 29 83 58.

 Alain Bosmans (texte et photos)
Article paru  dans » l’Agriculture Drômoise » du 20 septembre 2012.

Dans sa capitale historique, le tilleul est en fête, son marché en berne

Le tilleul, arbre emblématique des Baronnies

 La Journée « Tilleul en Baronnies », qui depuis 7 ans a pris le relais de la célèbre et traditionnelle « Foire au Tilleul », est aujourd’hui un événement festif qui conserve son importance économique.

Organisé par la maison des plantes et la municipalité en partenariat multiple, la manifestation a connu dimanche dernier 15 juillet un nouveau succès en attirant des milliers de visiteurs Son objectif est de redonner vie au patrimoine ancestrale qu’est le Tilleul dans sa capitale historique, mais aussi de favoriser le développement de la récolte de cette fleur odorante aux vertus multiples.

La foule des grands jours

L’événement festif aura attiré dimanche sous le soleil des Baronnies une foule très nombreuse de visiteurs et touristes autour d’un large programme d’animations proposées autour de la production locale de plantes aromatiques et médicinales et d’un salon du livre des plantes. Toute la journée la fête battit son plein. Randonnées et sorties botaniques, ateliers de plantes et de senteurs, expositions, jeux pour enfants, marché de produits du terroir, fanfare jazzique et bien sûr la traditionnelle cérémonie d’intronisation dela Confrériedes Chevaliers du Tilleul.

Marché aux Plantes aromatiques et Salon du livre des plantes ont attiré la foule des grands jours sur la place des Arcades.

Y furent ainsi solennellement intronisés « Chevalier du Tilleul »: Christian Bartheye grand maître de la confrérie des chevaliers de l’olivier par son homologue Laurent Haro de la confrérie du tilleul, Bruno Domenach directeur départemental du tourisme de la Drôme parrainés par Georges Mochot, Nicolas Varenne directeur de Radio Bleu Drôme Ardèche parrainée par le maire Jean Pierre Buix et Luc Ankri sous préfet de Nyons parrainé par le sénateur Jean Besson.

D’importantes personnalités étaient présentes à la cérémonie d'intronisation des chevaliers du tilleul (de gauche à droite) : Marie Hélène Cartagéna, Gilberte Brémond, Laurent Haro, Christian Bartheye, Nicolas Varenne, Jean Pierre Buix, Bruno Domenach, Luc Ankri, Jean Besson et Georges Mochot.

Une tonne de tilleul et pas un acheteur.

Mais le tilleul dans les Baronnies, pour être emblématique n’en conserve pas moins une importance économique comme en témoigne le fait que dimanche matin, dés la première heure, les producteurs-cueilleurs étaient venus nombreux apporter au traditionnel « Marché du Tilleul » leur récolte sous forme de bourrasses odorantes. Prés d’une tonne de tilleul étaient ainsi réunie sous les platanes de la place du Quinconce, un tonnage significatif annonciateur d’une récolte plus importante que les années précédentes. Malheureusement aucun acheteur ou négociant n’étaient au rendez-vous dimanche au Buis.

Les bourrasses de tilleul n’ont dimanche au Buis pas trouvé d’acheteurs.

Deux de leurs représentants Bernard Onil de « Alp’Erbo » venu de Manosque et Bernard Bec du Clos d’Aguzon expliquaient que la consommation de tilleul diminue d’année en année, que la concurrence internationale est forte, que les stocks des négociants restent importants, que le marché du tilleul se délite et que les cours sont en baisse (autour de 12 € le kilo). La pesée traditionnelle avec l’antique balance romaine n’eut donc pas lieu cette année et les producteurs-cueilleurs s’en retournèrent fort dépités avec leur chargement. Le maire Jean Pierre Buix dans son intervention tentait de leur redonner espoir en promettant que tout serait fait pour trouver de nouveaux débouchés à cette production, notamment en l’orientant vers une certification Bio destinée à l’industrie pharmaceutique.

 Alain Bosmans
Article partiellement paru dans le Dauphiné Libéré du 17 juillet 2012

Un abricot aux couleurs des Baronnies

Dans les vergers des Baronnies, les fruits gorgés de soleil annoncent une récolte exceptionnelle...

 Une centaine de producteurs vivent de l’abricot dans les Baronnies. La moitié d’entre eux, fédérés au sein du Syndicat de Valorisation de l’Abricot des Baronnies s’engagent dans une démarche d’identification du terroir et de qualité entre le bio et le conventionnel.

Mis en sommeil dans les années 90, le syndicat de valorisation de l’abricot des Baronnies retrouve ces jours-ci une seconde jeunesse. Alors que la récolte qui débute s’annonce excellente dans les Baronnies, son président Jean Marc Philibert (également producteur et maire de St Sauveur Gouvernet), présentait samedi 23 juin sous les frondaisons du jardin de l’hôtel de ville de Buis les Baronnies la démarche poursuivie depuis 2 ans par une cinquantaine d’arboriculteurs locaux pour promouvoir un terroir et un savoir faire spécifique à la production d’abricot dans les Baronnies drômoises. Devant un parterre de producteurs, expéditeurs, commerciaux, journalistes et élus (parmi lesquels le maire de la commune Jean Pierre Buix, le vice président du conseil régional chargé de l’agriculture Michel Grégoire et la conseillère générale Marie Claire Cartagéna), Jean Marc Philibert en expliquait la nature : « Notre premier objectif est de mettre sur le marché des abricots haut de gamme dont la provenance est clairement identifiée « Baronnies » avec une image liée à la lavande, au tilleul, à l’olive… » Pour se faire l’année dernière le syndicat a mis en place 100 000 plateaux en cartons portant les mentions « Baronnies » et « Drôme Provençale ».

Le président du syndicat de valorisation de l’abricot des Baronnies Jean Marc Philibert entouré des membres du bureau présentait au Buis les nouveaux emballages qui seront cet été sur le marché.

Une troisième voie

Ensuite l’idée fut de trouver une troisième voie de production entre le bio et le conventionnel. Une marque baptisée « Baronnies plus nature » a été déposée par le syndicat avec un cahier des charges très strict. Sept variétés ont été retenues dans la sélection (Orangered, Bergarouge, Orangé de Provence, Bergeron pour les principales), présentant un calibre minimum, un code couleur déterminé, une durée de stockage maîtrisée et des conditions de cultures spécifiques. « On traite quand même, précise Jean Marc Philibert, mais on choisit des produits moins agressifs et on ne répète pas le traitement avec le même produit. D’autre part pour éviter les traitements trop prés des récoltes, nous utilisons un anneau de glue au pied des arbres. Enfin nous prenons l’engagement de ne plus traiter du tout après le 1er mai et chaque producteur effectue avant la récolte une analyse de ses abricots attestant de l’absence de résidu de traitement dans le fruit. » Afin de garantir à l’acheteur le respect de cette démarche, de nouveaux emballages ont été créés avec les mentions « Baronnies plus nature » et « fruits sans traitement de conservation ». L’année dernière le bilan de cette première campagne test portant sur une centaine de tonnes avait été modeste mais encourageant, Souhaitant poursuivre la démarche cette année, 300 000 plateaux « Baronnies » en carton et en bois (de 5 kg et 9 kg) ont été commandés pour la saison, dont 50 000 pour la marque « Baronnies plus nature ».

Une marque et des plateaux bien identifiés.

« L’important maintenant est de faire connaître l’existence de ce produit et de cette démarche en multipliant les actions médiatiques », poursuit le président du syndicat. « Nous souhaitons travailler en partenariat étroit avec les expéditeurs locaux et déjà plusieurs metteurs en marché se sont engagés (Amoros à Cavaillon, JC Bernard à Nyons, SARL Clariana à faucon, Sica Le Venaisin à Carpentras, Rodacoop à St Rambert d’Albon). Une démarche innovante, citoyenne et respectueuse de l’environnement qui reçoit le soutien de plusieurs partenaires institutionnels. A commencer par la chambre d’agriculture de la Drôme avec l’intervention du technicien Benoit Chauvin Buthaud, mais aussi du pays « Une autre Provence » dans le cadre du plan LEADER, de l’état avec le plan de revitalisation des Baronnies ainsi que des caisses locales du Crédit Agricole et de Groupama. Du conseil régional enfin pour lequel Michel Grégoire confirmait la préparation d’un PIDA abricot (programme intégré de développement agricole) qui doit voir le jour avant la fin de l’année et qui s’appuiera dans les Baronnies sur le syndicat de valorisation.

Gérard et Yohan Truphémus ont adopté depuis 2 ans une gestion précise de leurs vergers.

Valoriser un terroir de qualité

Arboriculteurs à Eygaliers, Gérard Truphémus et son fils Yohan expliquent pourquoi ils se sont engagés dans la démarche d’un abricot « Baronnies plus nature ».

Couvrant une vingtaine d’hectares juchés sur les hauteurs d’Eygaliers au dessus de Buis les Baronnies, l’exploitation arboricole de Gérard et Annie Truphémus est devenue l’EARL « Les fruits de la passion » en octobre 2011 à la suite de l’installation du fils ainé Yohan. La production principale est l’abricot avec 10 hectares et 150 tonnes de production en moyenne par an. Elle est complétée par des vergers d’olives (1,5 ha), pêches (2 ha), poires (1 ha), pommes (1 ha), cerises (0,5 ha) et 4 ha de terre labourable servant à renouveler les vergers. Les abricots sont commercialisés à raison de 10 % en vente directe, 10 % en vente sous marque « Petits producteurs », 30 % sur le MIN de Cavaillon (Marché d’Intérêt National) et 50 % à des expéditeurs et grossistes qui viennent charger à l’exploitation.

Yohan Truphémus et ses abricots orangered.

« La récolte d’abricots qui débute ces jours ci et qui s’étalera jusqu’à la fin août pour les variétés les plus tardives promet d’être exceptionnellement bonne, annonce Gérard Truphémus. « Les conditions météo ont été depuis 3 mois particulièrement favorables dans les Baronnies : nuits fraiches, hydrométrie matinale importante, pluies aux bons moments et en bonne quantité ont provoqué une bonne pollinisation… 2012 devrait donc être une excellente année abricot dans les Baronnie, poursuit Yohan, à condition cependant que l’on puisse vendre notre production dans de bonnes conditions… »

Et c’est précisément pour cette raison, afin de mieux valoriser une production issue d’un terroir d’exception, que les Truphémus se sont engagés depuis 2 ans dans cette démarche d’identification et de segmentation avec le syndicat. « L’année dernière 50 % de notre production d’abricot a répondu au cahier des charges de la marque « Baronnies plus nature » indiquant que le produit était « Sans résidu ». Les résultats en termes d’augmentation du prix de vente n’ont pas été à la hauteur de ce que l’on pouvait en attendre… Le nouveau produit ne s’est guère vendu plus cher que le produit standard … Mais c’est un peu normal. C’était la première année et il faut du temps pour faire connaitre la démarche. Mais nous y croyons et cette année ce sera la totalité de notre récolte qui répondra à ces critères, espérant bien que la valorisation d’un terroir de qualité finira par être de mieux en mieux comprise par les expéditeurs et qu’ils joueront le jeu en majorant les cours…

Alain Bosmans
Article publié dans « l’Agriculture Drômoise » du 28 juin 2012.

Quand le petit épeautre grandit

Le "Petit épeautre de Haute Provence" (triticom monococum)

 Petit épeautre de Haute Provence /. Tenant à Rosans (05) le 15 mars dernier, la double assemblée générale de leur syndicat et de leur association, les producteurs de Petit Epeautre de Haute Provence ont pu mesurer le chemin parcouru en 15 ans dans l’organisation et de développement de leur filière.

Créé en 1997 par une vingtaine de producteurs répartis sur les quatre départements de la Drôme, du Vaucluse, des Hautes Alpes et des Alpes de Hautes Provence, le syndicat s’était donné pour objectif de mettre en avant la qualité et l’authenticité du produit « Petit épeautre de Haute Provence » (triticom monococum) par rapport au « grand épeautre » (triticum spelta), cultivé ailleurs, de qualités et de propriétés bien moins intéressantes.

Quinze ans plus tard, le syndicat compte aujourd’hui une cinquantaine de producteurs habilités (contre 42 l’année dernière), 2 meuniers, 3 décortiqueurs et un conditionneur. La production ne cesse de progresser dans un marché où la demande est soutenue. En 2011 la production agréée a été d’environ 200 tonnes d’engrain décortiqué (360 tonnes brutes) sur environ 200 hectares.

Une céréale exceptionnelle à haute valeur nutritionnelle

 Le syndicat est désormais reconnu comme ODG (Organisme de Défense et de Gestion) par l’INAO, en charge du suivi et de la gestion des  deux IGP du « Petit épeautre de Haute Provence » et de la « Farine de Petit épeautre de Haute Provence ». Il assure les contrôles internes, l’habilitation des nouveaux producteurs et l’étude des résultats d’analyses. L’existence de ces 2 IGP nous permet de nous démarquer face à une concurrence qui se développe. Nos cahiers des charges sont devenus des vecteurs de qualité mettant en avant nos pratiques exemplaires», souligne son président Fabien Begnis. « La gestion des IGP s’est soldé en 2011 par la réalisation de plus de 50 contrôles internes, 41 prises d’échantillons et analyses, un audit de l’ODG par Qualité France, l’étude et la validation des étiquetages, l’organisation de commission qualité pour étudier les résultats des contrôles et le suivi des analyses et contrôles externes… »

A la tribune de l'AG de Rosans : Sandrine Faucou (administrateur 05), Etienne Mabille (administrateur 26) , Fabien Begnis (président), Laurence Montlahuc (secrétaire), Patrice Maronnier (trésorier), Vincent clary (techncicien).

Une association a but commercial

 Quant à l’association, créée en 2008, entrée en activité en 2010 et qui a le même conseil d’administration que le syndicat, elle a principalement pour but de commercialiser une partie des récoltes des producteurs qui le souhaitent. Elle entreprend un important travail sur les outils de conditionnement, l’étiquetage, la communication et les coûts de certification. En 2012, l’association sera notamment présente aux manifestations suivantes : le 31 mars à Vaison la Romaine pour l’animation « De la graine à l’assiette », le 1er avril au salon des vins à Châteauneuf du Pape, le 14 avril « pour « La bio dans les étoiles » à Annonay, les 12 et 13 Mai aux rencontres des sentinelles des Slow Food en Hautes-Pyrénées, les 19 et 20 mai au Salon « Savoirs et Saveurs de montagne » à Gap et du 25 au 29 Octobre au « Salone del Gusto » de Slow Food à Turin.

Le petit épeautre de Haute-Provencen surnommé "le caviar des céréales"

Le Trophée de l’excellence Bio

A l’issue de l’Assemblée Générale, intervenant pour le compte de Euro-Nat, son directeur des opérations Bernard Martin soulignait le caractère exemplaire de la démarche de la filière petit épeautre qui vient d’être récompensée par l’obtention d’un « Trophée de l’Excellence Bio » dans la catégorie transformateur distributeur, délivré au salon de l’agriculture à l’issue du séminaire international sur la dynamique de développement de l’Agriculture Biologique. Une distinction qui permettra, estimait-il, de développer les ventes de la filière à raison de 12 tonnes supplémentaires de produit sur l’année.

Contacts: Syndicat Interdépartemental des Producteurs de Petit Epeautre de Haute Provence – 26560 – Mévouillon – tel 04 75 28 51 86 – site Internet: www.petitepeautre.com

Alain BOSMANS
Extrait des articles parus les 22 et 23 mars dans « l’Agriculture Drômoise » et le « Vaucluse Agricole ».