Disparition mystérieuse d’Edmond Veux

edmondveux3.1292168788.jpgRésident à la Maison de retraite de l’hôpital local de Buis depuis un mois seulement, Edmond Veux, qui avait fêté quelques jours auparavant son centième anniversaire, a quitté lundi 29 novembre vers 11h l’établissement buxois vêtu d’un simple pantalon et pull over et chaussé de pantoufles. Immédiatement d’importantes recherches furent menées par la gendarmerie des compagnies de Buis et de Nyons renforcées par deux équipes cynophiles de Pierrelatte et Grenoble, les sapeurs pompiers des centres de Buis et de Nyon (coordonnées par le lieutenant des pompiers de Nyons Brice Demat), ainsi que de nombreux bénévoles parmi lesquels des personnels de l’hôpital et de la mairie. Plus de 100 personnes se mobilisèrent le jour même jusqu’à 3 heures du matin.

Même si les possibilités de retrouver le centenaire vivant étaient pratiquement nulles, les recherches se poursuivaient en vain pendant 3 jours avec des bénévoles, amis de la famille et randonneurs, mobilisés par le maire Jean Pierre Buix et coordonnés par le sergent chef des sapeurs pompiers Mathieu Mouillère et les adjudants de gendarmerie Caron et Boher.

Tant que son corps n’aura pas été retrouvé, la disparition d’Edmond Veux restera mystérieuse pour tous et particulièrement douloureuse pour sa famille et ses proches.

Il était né voila 100 ans…

Edmond Veux était né le 24 novembre 1910 à St Auban. Marié à sa cousine germaine Marie Rose née Veux (décédée aujourd’hui), charron de son état (cercleur des roues de bois des charrettes), Edmond Veux fut fait prisonnier de guerre en Allemagne de septembre 1939 à septembre 1945. De retour de captivité il reprendra avec son épouse l’exploitation agricole de ses parents de « la Truchière », avant de prendre sa retraite à 65 ans en construisant de ses propres mains une maison sur ses terres du « Palais », laissant « la Truchière » à sa fille et son gendre. A la veille de son centième anniversaire il entrait le 19 octobre dernier à la maison de retraite de Buis d’où il disparaissait lundi dernier 29 novembre 2010 en fin de matinée.

De l’avis de ses proches, et notamment de Colette kleemann-Rochas qui lui consacrait une biographie, il avait beaucoup de mal à supporter ce dernier déracinement et aurait déclaré à cette dernière la veille de sa disparition « souhaiter reprendre les chemins des collines pour rejoindre sa mère… »

Alain Bosmans

Les Baronnies ont le Blues du Tilleul

tilleulbaron4.1291992959.JPGLe développement de la production de tilleul dans la région des Baronnies a commencé dans le premier quart du 19ème siècle. Le Tilleul permettait de fournir aux agriculteurs de la région une production commercialisable utilisant une main-d’œuvre familiale pouvant prendre le relais de la sériciculture pratiquée traditionnellement et de la vigne détruite par le phylloxéra. Le tilleul existait à l’état naturel dans les forêts de la région. Les plantations et la sélection se sont faites en partant de ces tilleuls sauvages. Les premières plantations furent le fait des services vicinaux, rapidement imités par des particuliers.

Une production longtemps florissante

tilleul5.1291995439.JPGA partir du début du 20ème siècle, la production atteint un volume significatif et se développe rapidement au rythme de la croissance des arbres existants et de l’extension des plantations. L’expédition de la production se faisait par la gare de Carpentras, d’où le nom du « Tilleul de Carpentras », improprement donné au tilleul des Baronnies dont la localisation était alors totalement inconnue du public.

Dans les années qui suivent la deuxième guerre mondiale, la production devient très importante. Environ 400 tonnes de fleurs séchées permettent de couvrir la quasi totalité du marché intérieur. Le travail de sélection effectué par les producteurs et les conditions climatiques idéales des Baronnies donnent à cette production une notoriété qui se traduit par des cours élevés. On dénombra à cette époque près de 30 000 arbres plantés dans le paysage et plus de 1500 exploitations agricoles aspirent à retirer un revenu d’appoint bien utile dans cette zone de moyenne montagne.
Des marchés traditionnels se constituent à Vaison-la-Romaine, Mollans sur Ouvèze La Charce, Villefranche-le-Château et surtout à Buis les Baronnies où la grande « Foire Internationale au Tilleul » permet d’établir les cours qui serviront de base de transaction jusqu’à la récolte suivante. Buis devint le « Wall Street de la tisane ». Le tilleul fera aussi la fortune de plusieurs négociants locaux, à commencer par la société Ducros fondée à Buis les Baronnies en 1963 par Gilbert et Marc Ducros. La société devint un temps la principale enseigne et le premier employeur du village, avant d’abandonné le tilleul et la localité pour entrer en 2000 dans le groupe Mc Cornick, leader mondial des épices.La grande messe de cette production emblématique de toute une région se déroulait à Buis le premier mercredi du mois de juillet. Ce jour là et chaque année pendant 196 ans, une foule de paysans venus des villages voisins apportait à Buis, sur la digue des Princes de Monaco, des centaines de « Bourras » gonflée de bractées de tilleul séchées et odorantes qui s’échangeait à la tonne. La pesée des trousses était effectuée par les services municipaux au bout d’une antique balance romaine avant de remplir les charrettes puis les semis remorques des négociants de toute la région…Une foule non moins grande de curieux et touristes se pressait pour admirer le spectacle, le humer, le photographier sous toutes ses coutures…

Et puis vint la « Mondialisation »…

Les choses commencèrent à se dégrader dans le courant des années 90 avec la mondialisation du marché des plantes aromatiques. Le drame s’est noué en 2005 lorsque le maire de la commune, Jean Pierre Buix, décidait d’annuler la foire, faute de négociants et de marchandises. Les premiers achetaient le tilleul à trop bas prix (5 € le kilo au lieu de 12 ou 13 les années précédentes) et les cueilleurs ne cueillaient plus pour si peu gagner. Les négociants avaient découvert que pour faire des infusettes il était préférable de recourir aux importations venues d’Europe de l’Est ou de Chine à des prix beaucoup plus avantageux… La diminution de la main-d’œuvre familiale disponible pour la cueillette et la concurrence exercée par d’autres productions plus lucrative en cette période de l’année (cerises, fraises, abricot, entretien du vignoble, coupe des fourrages, etc.) firent le reste.

Les Baronnies sans Tilleul ?

Les Baronnies sans tilleul ? Autant penser que Montélimar pourrait abandonner son nougat ou Aix ses calissons … Refusant la fatalité économique, un groupe de travail regroupant la mairie de Buis, l’IPAM (Institut des Plantes Aromatiques et Médicinales), le SMBP (Syndicat Mixte des Baronnies Provençale), le syndicat des producteurs, l’Office de Tourisme et la Maison des Plantes de Buis s’est immédiatement constitué. De ce long travail de concertation mené avec le soutient de la chambre d’agriculture de la Drôme, un nouvel événement a vu le jour en 2006: « Tilleul en Baronnies » qui se déroule à Buis désormais tous les ans le 3ème week-end de juillet.
Un événement à la fois économique et festif. Economique avec l’organisation d’un marché de type « paysan », ouvert à tous les cueilleurs de tilleul des Baronnies Provençales qui peuvent ainsi venir vendre leur récolte, au détail ou en gros, à un public constitué de professionnels, de particuliers ou de touristes. Evénement touristique et festif aussi avec un large programme d’animations autour de la production locale de Plantes Aromatiques et Médicinales et d’un Salon du Livre des Plantes.
Ainsi samedi dernier 17 juillet la Fête battit son plein à Buis, proposant à un public nombreux de multiples animations autour du tilleul et des plantes aromatiques, des randonnées et sorties botaniques, des ateliers de plantes et de senteurs, des expositions, des jeux pour enfants, des conférences (notamment celle de François Couplan ethnobotaniste de renommée internationale) et bien sûr la traditionnelle cérémonie d’intronisation de la Confrérie des Chevaliers du Tilleul. Le marché au tilleul resta modeste, mais du moins a-t-il le mérite de subsister. Environ 400 kg de tilleul en bourrasses furent négociés autour des 14 € le kilo et jusqu’à 20 € pour les plus beaux lots.

Maintenir et promouvoir une production agricole de qualité.

Les producteurs de leur coté participent à ce renouveau de la production. Regroupant une quarantaine d’adhérents sous la présidence de Mireille Lesbros, étendant son territoire sur une aire qui comprend 152 communes à cheval sur 4 départements (Drôme, Hautes Alpes, Alpes de Hautes Provence et Vaucluse), le Syndicat du Tilleul Officinal des Baronnies mène depuis plusieurs années différentes actions en liaison avec l’ONIPPAM, visant à soutenir, développer et promouvoir la production et la commercialisation du Tilleul des Baronnies. Notamment la distribution aux adhérents de sachets d’emballage et d’étiquettes identificatrices permettant la vente directe, la mise en place d’un site Internet bilingue français anglais (www.tilleul-baronnies.com), le dépôt d’une marque « Tilleul Officinal des Baronnies » et le travail en cours pour l’obtention d’une IGP.Au delà du folklore, les Baronnies Provençales qui s’engagent aujourd’hui dans une démarche de Parc Naturel Régional, comptent bien maintenir et développer sur son territoire une production agricole de qualité qui aura si longtemps contribué à sa renommée.

Alain BOSMANS

Bienvenue sur le Blog d’un correspondant de presse des Baronnies !

Alain Bosmans, Webmaster du site « Le Tam-Tam des Baronnies », correspondant de presse et journaliste pigiste depuis 14 ans dans le sud de la Drôme, permet, à travers ce blog, de consulter différents articles déja publiés par ses soins dans le “Dauphiné Libéré”, “L’agriculture Drômoise”, “le Vaucluse Agricole”, ”le Buis, j’aime” (bulletin municipal de Buis les Baronnies) ainsi que des textes personnels divers que vous souhaiteriez voir publier (sous réserve qu’ils concernent l’actualité locale et ne menacent pas la paix sociale). Contact: alain.bosmans@laposte.net.